Une assemblée générale de copropriété qui se tient alors que la convocation est arrivée trop tard, c’est une décision collective qui peut être annulée par le juge. Travaux votés, budget, changement de syndic : tout peut être remis en cause, même si le vote a été largement favorable. Pour un syndic, un conseil syndical ou un copropriétaire, savoir si une convocation est « hors délais » n’est donc pas un détail de procédure : c’est ce qui conditionne la solidité de toutes les résolutions adoptées.
Dans cet article, nous reprenons la règle des 21 jours, les sanctions possibles, les délais pour agir et les réflexes à adopter, que vous soyez copropriétaire ou syndic.
- La convocation à l’AG doit être notifiée au moins 21 jours avant la date de la réunion, sauf urgence ou délai plus long prévu par le règlement de copropriété (article 9 du décret du 17 mars 1967).
- Le délai court à partir du lendemain de la première présentation de la lettre recommandée ;
- Une convocation tardive expose l’AG à la nullité, en principe sans que le demandeur ait à prouver un préjudice.
- Seuls les copropriétaires opposants ou défaillants peuvent agir, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal.
- Un copropriétaire qui a participé au vote ne peut en principe pas invoquer ce motif ; le syndic, lui, doit reconvoquer l’assemblée dans les règles.
Quel est le délai légal de convocation d’une AG de copropriété ?
Le syndic, qui a l’initiative de la convocation, doit notifier celle-ci à chaque copropriétaire au moins 21 jours avant l’AG. Ce délai est fixé par l’article 9 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967. Il s’applique aux assemblées ordinaires comme aux assemblées extraordinaires, avec deux aménagements seulement :
- le règlement de copropriété peut prévoir un délai plus long : il peut allonger le délai légal, jamais le raccourcir ;
- l’urgence permet de convoquer plus tôt, mais elle ne se présume pas et relève de l’appréciation des juges
Le délai minimum entre la notification de la convocation et la tenue de l’AG
Ce délai n’est pas une simple recommandation : il vise à laisser à chacun le temps de lire l’ordre du jour et les documents joints, de se renseigner et de préparer son vote ou son mandat.
Comment calculer le délai de 21 jours ?
C’est la question qui fait le plus de contentieux. Le décret prévoit que le délai part du lendemain du jour de la première présentation de la lettre recommandée au domicile du destinataire, et non du jour où le copropriétaire la retire ou la signe.
Dans un arrêt du 4 décembre 2025, la Cour de cassation a validé une méthode de calcul précise : le délai court à partir du lendemain, à zéro heure, et expire le vingt-et-unième jour à minuit.
Exemple pratique (pour une LRAR) :
- première présentation de la lettre : lundi 2 novembre 2026 ;
- le délai démarre le mardi 3 novembre à 0 h ;
- il expire le lundi 23 novembre à minuit ;
- la première date d’AG possible est donc le mardi 24 novembre 2026.
Si vous êtes syndic ou membre du conseil syndical, ne calez jamais la date d’AG « au jour près ». Prévoyez une marge de plusieurs jours pour absorber les retards de distribution et les avis de passage non retirés : c’est la première présentation qui compte, pas la remise effective.
Et pour les notifications électroniques ? Le point de départ du délai dépend alors de la transmission de l’avis électronique.
Quelles sont les conséquences d’une convocation hors délais ?
Un risque d’annulation sans preuve de préjudice
Le non-respect du délai de 21 jours entraîne la nullité de l’assemblée générale.
Une AG annulée en entier ou en partie : selon les affaires, le juge annule l’assemblée dans son ensemble ou seulement les résolutions contre lesquelles le demandeur s’est opposé. Aucune règle automatique ne garantit l’un ou l’autre : tout dépend de la situation du demandeur et de ce qu’il demande.
Des effets très concrets sur la vie de l’immeuble
Une AG annulée est considérée comme n’ayant jamais existé et la décision s’impose à tous, y compris aux copropriétaires qui n’ont pas agi en justice. Concrètement :
- les travaux votés ne peuvent plus s’appuyer sur la décision annulée ;
- le budget et les appels de fonds fondés sur ces résolutions sont fragilisés ;
- le syndic doit reconvoquer une assemblée et en supporter le coût pour le syndicat.
Si l’AG annulée avait voté des travaux de rénovation énergétique (isolation, chauffage collectif, ravalement avec isolation…), le calendrier du chantier et le plan de financement associé sont directement concernés. Mieux vaut vérifier la régularité de la convocation avant de lancer les démarches de financement.
Qui peut contester, et dans quel délai ?
Seuls les copropriétaires opposants ou défaillants
L’action en contestation est réservée aux copropriétaires opposants (qui ont voté contre) ou défaillants (absents ou non représentés). Les copropriétaires ayant participé à l’AG ne sont pas recevables à invoquer le non-respect du délai de convocation. Les abstentionnistes sont également exclus en principe.
Un délai de 2 mois à respecter
Si le syndic n’a pas notifié le procès-verbal (il doit le faire dans le mois suivant l’AG), le délai de 2 mois ne démarre pas et la contestation peut intervenir pendant 5 ans.
L’action se fait devant le tribunal judiciaire, et non par simple courrier recommandé.
C’est le délai de contestation d’une décision d’AG, qui court à partir de la notification du procès-verbal, sans ses annexes. Passé ce délai, la décision ne peut plus être remise en cause, même si elle était irrégulière.
Vous recevez une convocation tardive : que faire ?
- Vérifiez la date de première présentation de la lettre (et non la date où vous l’avez retirée) et comptez 21 jours selon la méthode ci-dessus.
- Consultez le règlement de copropriété : il peut prévoir un délai plus long.
- Écrivez au syndic pour signaler l’irrégularité et demander le report de l’AG ou une reconvocation. C’est souvent la solution la plus rapide.
- Réfléchissez à votre position avant l’AG : participer et voter pour une résolution vous prive en principe de la possibilité de la contester. Être absent ou voter contre vous laisse la voie ouverte.
- Conservez la preuve de la première présentation (avis de passage, suivi postal) et le procès-verbal quand il vous est notifié.
- Notez la date de notification du procès-verbal : elle déclenche le délai de 2 mois.
- Faites-vous conseiller par un professionnel du droit ou l’ADIL si vous envisagez d’agir en justice.
Si votre syndic reconnaît l’erreur, une nouvelle AG régulièrement convoquée peut permettre de revoter les résolutions concernées sans attendre un jugement. C’est une issue souvent moins coûteuse qu’un contentieux. Il reste utile de vérifier l’avis d’un juriste pour les décisions importantes.
Syndic : comment sécuriser votre convocation ?
Pour éviter qu’une AG soit annulée pour un motif aussi évitable :
- Anticipez : fixez la date de l’AG en tenant compte du délai de notification, des retards postaux et de la méthode de calcul validée.
- Choisissez le bon mode de notification : lettre recommandée avec accusé de réception, remise contre émargement ou notification électronique selon les accords et les règles en vigueur.
- Joignez tous les documents obligatoires avec l’ordre du jour (l’absence de documents peut aussi entraîner la nullité).
- Gardez les preuves : date de première présentation, accusés de réception, listings d’envoi.
- Justifiez l’urgence par écrit si vous devez convoquer dans un délai plus court.
- Surveillez le règlement de copropriété : un délai contractuel plus long s’impose.
FAQ : convocation AG copropriété hors délais
Quel est le délai minimum pour convoquer une AG de copropriété ? 21 jours avant la date de la réunion, sauf urgence ou délai plus long prévu par le règlement de copropriété.
À partir de quand court le délai de 21 jours ? À partir du lendemain du jour de la première présentation de la lettre recommandée.
Une AG convoquée trop tard est-elle forcément annulée ? Non : elle est annulable, pas automatiquement annulée. Seul un copropriétaire opposant ou défaillant peut saisir le juge, dans les 2 mois de la notification du procès-verbal.
Faut-il prouver un préjudice pour obtenir l’annulation ? Plusieurs décisions de juridictions du fond estiment que non pour un délai de convocation non respecté, mais le juge reste souverain dans son appréciation.
Puis-je contester l’AG si j’y ai participé ? En principe non si vous avez participé et voté en faveur de la décision. Les actions sont réservées aux opposants et aux défaillants.
Que se passe-t-il si le syndic ne m’a pas notifié le procès-verbal ? Le délai de 2 mois ne commence pas à courir. Selon PAP, la décision peut alors être contestée pendant 5 ans.
Le syndic peut-il convoquer en urgence avec moins de 21 jours ? Oui, en cas d’urgence réelle, appréciée par les juges. Elle ne se présume pas.